Elle a pris son sac, ses distances et aussi la fâcheuse habitude de me demander si « il y a moyen nous deux » … Moi, j’ai changé de chaine (pour marquer l’insouciance vis à vis de la discussion et nullement à la quête d’un documentaire sur la reproduction des tigres tibétains). Avec la chaine, j’ai changé d’humeur et invoqué le dieu « silence » et comme il était d’or.
Ca allait bien avec ma mine : grise à rayures d’échecs que porte fièrement ma gueule comme porte ses décorations, un général déchu.
Un léger son parcourait la chambre … je suppose qu’elle parle … elle était comme le papier peint d’ une maison ordinaire … on y prête plus attention au bout d’un moment … moi … trop occupé à calculer … le poids de l’évidence et la distance qui me séparait d’une autre … lançant à échéance régulière « oui..c’est pas faux.. » (expression soigneusement apprise qui ne veut rien dire .. mais laisse le doute) motivait le prolongement de ce qu’elle a appelé « les points sur les i ».
Moi je ne voulais mettre des points nulle part … d’ailleurs à part les œufs dans le même panier et une partie de mon anatomie dans une bouche qui traine, je n’ai jamais su mettre quelque chose quelque part et encore moins à sa place !
Elle parlait toujours, utilisant un jargon pour le moins particulier … y avait des mots tels que « confiance », « partage », « avenir »… en prenant soin de mettre des termes directement empruntés au monde de l’immobilier. Je me souviens notamment de « construire » et « contrat »..; la pauvre !
C’est pas de sa faute non plus si le tigre Tibétain, au moment de l’éjaculation, saisit sa femelle par la peau du cou … et que je ne le savais pas !!
Ce dont j’ai spécialement horreur dans ses moments, c’est la traduction de la colère par des gestes brutaux tout bêtes : claquer une porte, jeter le briquet d’une manière à faire un max de bruit sur la table ou encore pousser le verre un peu plus loin alors qu’il n’avait nul besoin de changer de position.
Ces petites manifestations d’agression m’insupportent, d’autant plus, que toute personne normalement constituée, aurait tendance à réagir souvent par une autre agression.
Comme je n’ai jamais été vraiment normal, j’avais développé une méthode unique de prendre une indifférence faciale. Aucune émotion ne doit paraitre, aucun comportement suspect qui pourrait laisser sous entendre que je subis un malaise quelconque. Une passivité qui rappelle Brassens sur scène. Elle a beau écraser sa cigarette le plus sauvagement possible, elle ne se sentira que comme une souris à côté d’un éléphant, qui se tue à faire de la poussière…
Les moyens de communication traditionnels n’étant plus à l’ordre du jour, une consolation sous forme de câlins étant formellement pathétique, il ne reste que ce qu’il y a de pire dans un caractère humain : la mesquinerie… l’interaction orale reprend à coup de « on mange ici ou on sort ? » et dans des cas ultimes simuler la réception d’un texto, foncer les sourcils et sortir un fameux « je dois partir , j’ai à faire »…
Le plus douloureux dans une situation d’amour à sens unique, c’est le sentiment d »injustice » et cette faculté à te mettre dans la peau de la victime. La même personne qui te supplie de la reprendre, a ignoré au moins 2 prétendants dévoués, aimants et intellectuellement intéressants. Elle fout son weekend en l’air à cause de toi, et toi, t’aurais fait exactement la même chose avec une autre personne, mais comment font ces autres à qui tout réussit ? (merci Céline, c’est la première fois que tu sers à quelque chose).
Vous connaissez la réaction débile de répercuter ceci sur les autres ? Cette envie de vengeance que tu développes, comme tu as souffert de son indifférence , tu fais souffrir ceux qui veulent bien de toi ? J’ai jamais compris ce mécanisme, un mélange de sadisme et de règlement de compte aux couleurs d’une certaine forme de justice que tu te rends à toi même. J’ai poussé ceci au stade le plus profond à chuchoter à l’oreille de celle qui veut bien le prénom de l’autre … ça m’amuse … mais j’ai jamais dit que je suis équilibré. J’ai beau tout lire Ibn arabi (le traité de l’amour est excellent), tout Freud et tout Sweig, je comprend pas comment on peut être attaché à quelqu’un aussi « follement ». Et puis le temps où tu comprends que c’est mort … déjà que tu lâche les sincèrement amoureuses au bout de 4 mois, qu’est ce qui se passera avec une gamine rurale encore fascinée par un moteur de voiture ?
Le souci avec ça, c’est les expressions « ça passera », « t’en trouvera d’autre », « tu mérite mieux que moi » et autres conneries du genre inventées par une bande de loosers (appelé aussi amis) qui n’a jamais pu mettre la langue dans la bouche de l’aimé(e) … ça passe pas rabbbik ! ça passe pas !
J’en veux pas d’autres ! je la veux elle ! Pas plus belle, pas plus intelligente, pas plus riche, elle ! Juste elle !
M’infliger une autre c’est exactement comme une prothèse à un unijambiste, ça remplace pas une jambe … ça atténue .. mais perso, soit je cours, soit je rampe … marcher en déséquilibre c’est pas mon truc … L’impression de marcher avec des braises dans une chaussure trop petite acheté au marché noir à Maurice … (et en plus une chaussure de contrefaçon !)
Vous savez mes amis, il m’a été raconté que le fait de côtoyer l’être aimé et en être séparé est plus terrible que de ne pas l’avoir du tout ! (le fameux « mieux vaut être seul que mal accompagné », lancé par les mêmes amis (?) qui ont trouvé un nouveau prétexte pour sortir et aller picoler sous prétexte de te remonter le moral …).
Je suis assez sceptique par rapport à ça. Les ex-couples, au moins, ils ont des souvenirs, un truc sur quoi pleurer, des moments qu’ils peuvent se remémorer … mais quand t ‘as rien ! (On me signale dans l’oreillette que la véritable mythomanie serait née de là, et se diagnostique surtout sur les puceaux de la vingtaine). Variante : tu t’en crées des souvenirs mais avec de la vodka et du prozac (tu vois l’aspect des souvenirs en questions !), c’est pas très bon, surtout quand tu manges une fois sur six (avec tout de même la vertu de faire perdre du poids et te donner encore plus sale mine).
Et cette putain de fixation que tu fais, à l’imaginer dans tout les états possibles. A t elle mangé ? A t elle téléphonée à un autre? Boit elle beaucoup ? A t elle des complexes ?
Mais « L » est si bizarre, pour tout vous dire, elle est encore plus bizarre que moi ! Quand elle est là « tout est personnel et intime » et quand elle n’est pas là « elle flotte », un besoin demesuré d’être rassurée mais pas pour autant que ça va l’amadouiller, et une tendance maladive de « considération » et de « reconnaissance » par la voie « intellectuelle ». Parfois je lui demande d’arrêter d’être intelligente, c’est frustrant, tomber amoureux d’une fille intelligente est un manque lamentable d’imagination ! On m’a toujours conseillé d’être le plus intelligent, ce qui ne m’a jamais mené à grand chose, une sorte de quête du Graal de l’amour … j’ai dû me résigner …
Et puis il y a la fameuse et excellente proposition de lien d’amitié à la place, ça c’est le comble de la compensation fantôme. C’est comme passer un bout de pain à un perdu assoiffé dans le grand canyon … ça sert à rien !
« T’a pas envie de gâcher notre amitié ? », mais j’en ai rien à foutre de ton amitié ! J’ai 350 amis rien que sur Facebook, qui instantanément viendront comme des vautours sur un cadavre lorsque mon statut « en couple » sera modifié ! C’est pour te dire si je sais en faire des amis, et puis je n’ai aucune envie d’être l’amie d’un corps que je désire autrement ! Ti zab aime moi juste un peu et peut être même que je serai tendre avec toi ! va savoir !
J’essaie parfois dans un excès d’euphorie causée par une prise exagérée d’alcool accompagnée de tout ce que des poumons et des narines peuvent supporter, d’imaginer un pays où l’amour serait sous l’emprise de l’Etat.
Le processus est assez simple, tu présentes un dossier complet avec : les éléments sur l’être aimé, une lettre de motivation (pour les chômeurs de longue date ou les fils de famille bourgoise, on l’articule autour de 3 paragraphes : elle, moi, nous), un cv sur une page (comprenant anciennes conquêtes, maladies honteuses et compétences sexuelles) et un quitus.
Le matching s’opère au niveau national. Il ne doit pas en avoir 10 qui connaissent Benshetrit donc tes chances sont grandes de l’avoir. Intervention sous ordre ministériel, avec un ordre de perquisition de son âme et le papier qui atteste que c’est toi.
En même temps, c’est emmerdant quant on t’impose quelqu’un … (comme si un chasseur allait faire ses courses sur le marché …)
Bon, l’idée est mauvaise, sauf si je suis le premier à déposer, puis on annule juste le temps que je me l’approprie une semaine, non, un mois, ensuite on revient à l’ancien régime ou bien on en invente un nouveau.
Des classes sociales selon leurs degrés d’amour, ceux qui aiment violemment représenteraient l’aristocratie de l’amour, avec une bourgeoisie ancienne qui a fait fortune en aimant follement, la petite bourgeoisie qui a découvert l’amour tardivement et qui jouit de ses effets avec exubérance avec des bisous en veux tu en voilà, place publique et parkings privés. Puis la populace, la force prolétaire de l’amour, ceux qui ont passé leurs vies à bosser pour accumuler des richesses et n’ont jamais vraiment pris le temps d’aimer. Le risque d’une lutte des classes serait quasi nul, ceux qui n’ont jamais connu l’amour ne peuvent pas connaitre le bonheur qui s’en suit et donc ne réclameront pas un statut autre que le leur! la régulation de cette société serait spontanée, un aristocrate de l’amour peut facilement dégringoler au rang de prolétaire si la souffrance d’un départ lui est insupportable. Les prolétaires ne seraient pas forcément les plus malheureux, chacun sa vérité, l’infidélité serait un fléau qui ravagerait la classe populaire mais ils s’en foutent du moment où ils ne ressentent nullement le besoin de s’accaparer exclusivement l’attention de l’être en face. Contrairement à l’aristocratie où les crimes passionnels seraient la principale cause de mortalité…la preuve en fait :
Quand elle avait finit de mettre les points sur les I et mes nerfs en pelote, elle m’a regardé d’un air assez inquiétant. Je n’avais pas lu de détresse ou une sollicitation d’affection cette fois, ni même cette posture de chien battu, non ! Cette fois c’était effrayant, y avait une haine, une telle haine … j’avoue que j’ai eu peur mais vraiment peur. J’ai bien fait d’éviter son regard. Dans un geste extrêmement brillant ayant pour illusion de saisir mon paquet de clope, j’éloigne discrètement le petit couteau dont elle s’est servi pour étaler son beurre … j’étais sûr qu’elle était capable de me descendre avec … et l’éléphant se méfie désormais de la souris et la poussière lui semble un brouillard dérangeant. Mais elle était finalement plus « stable » que je ne le croyais, elle a finit par se lever et sans trembler de la voix elle m’a dit « t’es qu’un grand con ! « .
Le temps de m’assurer du bruit de ses pas sur les marches qui marquaient la fin du cauchemar, je me roule un pétard en regardant des pubs pas drôles, puis l’ordi sur les genoux, me chauffant agréablement l’entre jambe, je clique sur le prénom de L et je commence : « il n y a que toi qui peux faire ce qui lui plait, mais ça me dérange d’avoir le sentiment de te tromper alors que t’en a rien à foutre ! »… elle a répondu par une chanson de Blues, j’aime pas le blues (et elle le sais bien), j’ai l’impression que c’est toujours la même chanson et je comprend pas les paroles. Exactement ce qu’elle ressent pour moi ! Elle a l’impression que c’est toujours la même chanson et les paroles en l’air ne la touchent pas plus que ça … vivement que je saute d’un immeuble avec un parachute sur fond de feux d’artifices à son nom…
Le laboratoire (GAK : Graine de l’amour kebdien) est réputé pour avoir décelé la cellule responsable de l’émission de ce sentiment. Les citoyens de ma société, celle où l’amour régira la vie sociale, subissent à l’âge de 18 ans un dépistage obligatoire de la Graine de l’Amour. On désamorce ses effets dans le cas des personnes extrêmement émotives, et même, pour les plus déterminés et sous leurs unique volonté, on peut même l’enlever carrément. La majorité de la classe prolétaire est totalement démuni de cette cellule. Ils ne sont pas plus malheureux pour autant, ils choisissent leurs partenaire par le degré de « correspondance de l’échange », une relation pour eux est un échange où les deux partenaires gagnent;
Un moche riche épouse une belle pauvre, quoi de plus logique? Un intello doué pour les études juridiques épouse la fille d’un grand juge et prof de ce dernier qui lui légue naturellement son cabinet. Ces gens là monsieur , vivent bien et en parfaite harmonie! Les moches pauvres doivent obligatoirement être soit extrêment intelligents, soit extrêmement gentils sinon ils n’auront pas trop le choix pour trouver quelqun qui aussi est soit trop moche soit trop gentil…d’ailleurs les moches en couple se disent ils mutuellement « t’es beau ! ».. »tu es belle ! »..
y a pas de morale à cette histoire, peut être un conseil, un tout petit qui pourra vous aider considérablement à dépasser tout ça sans avoir à passer par la case « c’est une pute » et encore « les hommes sont tous pareils » : c’est de maitriser la vanité de croire que vous êtes « important » et « unique ». Se consoler en se disant que « en fin de compte c’est elle (lui) qui perd » n’est pas vrai, c’est toi et toi seul qui perd, alors sois juste un bon perdant!! et puis plus vite tu laisses tomber, plus t’as le temps de t’apitoyer sur ton sort..
